Chroniques en Vrac

Pour partager mes préférences musicales sous forme de chroniques semi-hebdomadaires, de coups de coeur en coups de gueule ; un intérêt certes limité, mais qui pourrait peut-être se révéler utile, à vous comme à moi.

10 avril 2008

Keiji Haino - Soul's True Love [魂の純愛]

Les amateurs de Haino sont plus nombreux qu'on ne le croit. En réalité, il est populaire surtout en France et aux Etats-Unis. Afin de toucher le public anglophone, j'ai décidé de rédiger le message d'aujourd'hui dans la langue la plus internationale, pour qu'un maximum de personnes puissent avoir accès au contenu. Petit descriptif pour ceux qui ne parlent pas anglais : je viens mettre à disposition sur mon blog la version mp3 d'un coffret rarissime d'enregistrements primitifs de Keiji Haino. Pourquoi ? parce qu'il s'agit d'un des documents les plus difficiles à dénicher pour quiconque en dehors des frontières du Japon, qu'il s'agit de plus de quatre heures de performances live et studio des années 70 et qu'il me semble que bon nombre de fans attendaient l'occasion de creuser de ce côté-ci. Bien entendu, ces quatre disques sont quasi-introuvables sur le marché. Le coffret n'a plus été édité depuis sa sortie en 1995 à tirage très limité. Ce partage des fichiers digitaux ne devrait donc pas porter préjudice à l'artiste, au contraire, il permet aux fans d'avoir encore plus à se mettre sous la dent sans devoir dépenser une fortune sur eBay, comme je viens de le faire. N'hésitez pas à m'envoyer mails ou commentaires pour tout remerciement ou toute réclamation. Avant cela toutefois, j'ai remarqué qu'il n'y avait pas eu de "dossier portrait" sur Keiji Haino, alors qu'il s'agit d'un de mes artistes de coeur. Voilà donc l'erreur corrigée avec une première partie qui, je le pense, situera précisément le personnage. J'ai écrit cette bio pour last.fm, mais tant qu'à faire, autant faire valoir ce que de droit !

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Né en 1952 à Chiba, JP, Haino Keiji (灰野敬二) est un musicien d’improvisation particulièrement porté sur le bruitisme. Il est impliqué dans bon nombre de projets depuis son « explosion médiatique » des années 1990, favorisée notamment par Thurston Moore ou John Zorn, et propose donc une discographie bien fournie. On le considère aujourd’hui comme une figure de proue de l’underground nippon.
Après avoir suivi des cours de théâtre et de musique d’improvisation dans les années soixante (à l’instar de jeunes artistes japonais épris de liberté), Haino fonde Lost Aaraaff en 1970, groupe à tendance free jazz rappelant l’énergie de Cecil Taylor. Cette première expérience le marque à vie, l’adrénaline le poussant à des états de transe incontrôlables ; poussés par leur propre énergie, ils commettront des excès dont Haino ne veut plus entendre parler - comme le sacrifice d’une volaille sur scène, qui a fait de lui un végétarien. A l’époque, déjà vêtu de noir de la tête aux pieds, Haino ne cherche plus à exprimer que sa nature.

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Il fonde par la suite son projet de longue haleine, le power band Fushitsusha, dont les premiers témoignages live datent de 1978. Cette formation laisse libre court à l’esprit « rock » de Keiji Haino, en grand amateur de Blue Cheer ou des Doors, et délivre un rock psychédélique lourd et torturé. De longs morceaux extatiques comme des parodies de guitar hero en slow motion. En concert, Fushitsusha ne mise pas sur le talent ou la maîtrise des instruments, mais sur l’accumulation d’énergies à la recherche d’une symbiose dynamique. C’est ainsi que le line-up change au fil du temps ; leur période faste (1989-1993) est marquée par la sortie de leur premier double album live, intitulé par son numéro de catalogue (PSF3/4) ou « 1st Live », référencé comme l’un des meilleurs albums de rock japonais jamais sortis.

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Passionné de musique de troubadour et du traditionnel asiatique, Keiji Haino lance son premier LP en 1981 : « Watashi Dake? » qui marque le début d’une carrière solo prometteuse, en avance sur son temps. Des enregistrements plus primitifs existent, témoignant de son affirmation de caractère : alors que Merzbow est considéré aujourd’hui comme le pape de la noise, c’est en 1973 que Keiji Haino semble créer de nulle part le style harsh noise (cf. disque 3 du coffret « Soul’s True Love », ou le live « Ama No Gawa »).
Dès lors, Haino n’aura de cesse de renouveler son répertoire, touchant à de nombreux styles auxquels il ne manque jamais de laisser son empreinte particulière ; explosions de noise (« I Said, This is the Son of Nihilism »), musique traditionnelle (« Tenshi No Gijinka », « Nijiumu »), vielle à roue (« The 21st Century Hard-y Guard-y Man »), solo de batterie (« Global Ancient Atmosphere »), guitare acoustique improvisée (« Hikari Yami Uchitokeaishi Kono Hibiki), power electronics (« Uchu ni Karamitsuiteru Waga Itami »), blues (« Black Blues ») ou d’autres ovnis absolument inclassables… tous réunis autour de sa voix, qu’elle soit rauque, gutturale ou simiesque, ou bien angélique, damnée, aérienne.

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Au sein de ses différents projets (Nijiumu, Knead, Black Stage), il développe un univers musical sombre, du néo-traditionnel introspectif aux expérimentations avant-gardistes. Porteur d’une quête spirituelle, il cherche à dialoguer avec l’univers, ne supportant pas la moindre chose « en ordre » ; la notion du vide « ma » prend toute son ampleur chez ce personnage, qui considère sa musique avant tout comme une symbiose, pas comme de la simple improvisation. Inutile de revenir sur ce qu’il a déjà fait : il considère son parcours comme un défi de chaque instant, un itinéraire dans le monde sonore. Keiji Haino voudrait explorer les sons ; retirer leur « couleur » ; changer leur « forme ». Malgré cela, il reste critique envers lui-même et ne pense jamais avoir véritablement évolué depuis ses débuts.
On le trouve aujourd’hui aux côtés de nombreux artistes, comme John Zorn, Mike Patton, Christian Marclay, Peter Brötzmann, Tatsuya Yoshida, Kan Mikami, Kazuki Tomokawa, Boris, Merzbow, Sitaar Tah!...

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PURPLE TRAP - SOUL'S TRUE LOVE [BOX SET]


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To all international visitors, welcome back on this blog! Today is a very special day. As some of you might know, Keiji Haino is one of my favourite artists; I can never get enough of his works. so each album found in digital format on the web is like a Christmas present. His albums are definitely hard to find, and hunting them on eBay can be very expensive. Now fans, rejoyce! Lately, I won a difficult auction for one of the rarest releases amongst Keiji Haino's discography. Four discs featuring seminal solo works as well as Lost Aaraaff or Fushitsusha: the box set is called "Soul's True Love", released under the Purple Trap label. Even those who know well about Haino don't know very much about it. It is the darkest side of Haino.

This 4-CD Boxset features the following:

pt_001PT-001 LOST AARAAFF
Concert from the Genyasai Festival
1 叫喚地獄 (Hell of Screams)     29:02
2 最後の審判 (The Lost Judgement)     29:11
Recorded 1971.
Here's an historic recording from free jazz project Lost Aaraaff, classic  tracks, very similar to PSF's Lost Aaraaff. It is the complete session.

pt_002PT-002 - KEIJI HAINO
Suite Reverberation: The Third Heart
1 突き出された七つめの心臓 (The Seventh Heart Projected)     1:37
2 聖獣の恥じらい (Blushes of the Holy Beast)     8:14
3 霞んでゆく君が居たというこの時間と香り (Dimming, the Time and Scent Where Once You Were)  5:12
4 この憂鬱な一言はいずこから (From Whence This Melancholy Word?)     0:51
5 忘れ去られてゆく輝いた孤独 (Glittered Solitude Fades From Memory)     12:33
6 まだ輝いた孤独が関係性を保っていた頃 (When Glittered Solitude Still Preserved the  Connectedness)     3:07
7 今にも消え入らんとする我が実体 (Even Now my Being Attempts to Vanish)     1:14
8 これほど染みついてしまっている懐疑性をいたわることのできるのは君かな?(Are You the One? The One Who Can Console Skepticism Stained This Deep)     1:31
9 溢れ出た優しさという種族の残党 (The Remnants of a Tribe Called "Tenderness Overflowed")     2:06
10 我が故郷,灰色の太陽が昇る地を訪ねたとき (When I Visited my Home, the Land Where a Gray Sun Rises)     5:34
11 地底の神々と美意識の密約 (The Secret Pact Between Beauty-Awareness and the Gods of the Underworld)     10:47
12 さらにさらに黄昏の中に (Further, Further Into the Twilight)     2:26
Solo recordings made between 1969 & 1972 (harmonica, vl, vc bounchenette,  mandolin, flute, xylophone, generator)
Haino is experimenting with lots of instruments, digging its way to neo-traditionnal music. Fanatics should listen: it's rare due to the huge range of unusual instruments used for this recording. It's like a primitive version of Beginning and End, Interwoven, more violent though, recommended for lovers of Watashi dake?.

pt_003PT-003 - KEIJI HAINO
Suite Reverberation: Forest of Spirits
1 組曲言霊~第一楽章:まばらになってゆく自分自身の記憶を追いゆく言霊 (1st Movement: The Reverberation That Pursues Its Own Growing Sparse Memories)     23:42
2 同~第二楽章:下界に色彩を感じ始めている言霊 (2nd Movement: The Reverberation That Becomes Aware of Colours in This World)     16:41
3 同~第三楽章:水の中に滲みたいと望む言霊 (3rd Movement: The Reverberation That Wishes to Blur in Water)     6:35
4 同~第四楽章:すべての力を自分自身の中に取り戻そうとする言霊 (4th Movement: The Reverberation That Attempts to Take Back All Energy Into Itself)     26:36
Solo recordings from 1973; 4 tracks - 73 minutes.
This one is very different from the other. It is good aerian stuff, though you are not given any information about how it was played. Those who enjoyed both The 21st Century Hard-y Guide-y Man and So, Black Is Myself should pay attention to this disc. It may also capture the earliest harsh noise experience, along with Ama No Gawa!

pt_004PT-004 - FUSHITSUSHA
[Untitled]
1 無駄ということと1×1=?という認識の決戦 (The Decisive Battle Between that Called "Futility" and the Understanding that "1x1=?")     13:50
2 滴り落ちる一粒の神経 (A Drop of Nerves Falls)     8:07
3 浴びせかけられた誉れなる屈辱の部屋で… (In a Room Where I am Showered with Honoring Insults)     28:43
4 今があるだけ~ここに居る~あいつは生きている~みんな同じ (All There Is Is Now - Being Here - He Lives - Everyone the Same)     17:17
Recorded in 1978.
A non "standard" performance. Excellent, but raw as hell. I read on an excellent blog it was one of the very first Fushitsusha recordings back to 1978. Guitar blows, voice solos and a last track recalling Les Rallizes Dénudés' momentums.

You will find another review on this excellent blog: Arcane Candy, as well as a fantastic overview of Haino's solo career, collaborations and Fushitsusha experience.

I've decided to share it with you: that's right, you will find here some links to download the whole box set! I am not used to do that, but it is rare and OOP, and I know some people who will appreciate this upload, for sure. I tagged the music as much as I could, in order to give you the best thing possible. It's been quite a hell of a work to gather informations, rip the CDs, scan the artwork and so on; but here you are, a good-quality share (.flac files would have been far too big)... a  must-have finally available for a large audience.

LINKS @ VBR MP3

http://rapidshare.com/files/106496163/Keiji_Haino_-_Soul_s_True_Love__4cd__MP3_VBR.part1.rar.html
http://rapidshare.com/files/106461131/Keiji_Haino_-_Soul_s_True_Love__4cd__MP3_VBR.part2.rar.html
http://rapidshare.com/files/106477188/Keiji_Haino_-_Soul_s_True_Love__4cd__MP3_VBR.part3.rar.html
http://rapidshare.com/files/106490096/Keiji_Haino_-_Soul_s_True_Love__4cd__MP3_VBR.part4.rar.html

PW: n/a

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Posté par Bonzofever à 16:46 - Dossiers Portraits - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


31 janvier 2008

Peter Brötzmann – For Adolphe Sax + Machine Gun

adolphsaxLongtemps j'aurai laissé de côté le jazz. Je me souviens encore de mes 15 ans, quand mon frangin écoutait du Stan Getz et que j'enclenchais la lecture de ma cassette Hits France 2001. Pauvre époque où je considérais le jazz comme dépassé - quand il m'arrivait seulement d'y penser, lorsque je disais fratricidement qu'une bonne chanson faisait quatre minutes, pas une douzaine. Séquence révélation : j'ai eu mon époque NRJ. J'étais jeune, j'allais au lycée, ce n'est pas la barbe mais bien mon acnée qui me démangeait au quotidien ; machinegunje n'avais alors aucune réflexion bien critique sur ce que je faisais, trop occupé entre mes cours, le handball et mes différentes activités musicales (soit la quasi-totalité de mon temps libre). Aujourd'hui, en regardant le chemin parcouru depuis environ trois ans d'écoute, je m'aperçois de ce que peut donner un geeking bien propre, conçu dans les règles de l'art et nourri au jour le jour avec soin et dévotion. Bien m'en a fait, le jazz m'est devenu incontournable quand mon corps ne supporte plus le gavage intensif de noise. Le free en particulier. Une grande figure s'est détachée peu à peu, je l'avais vue venir du pays des Teutons. Peter Brötzmann a commencé à me séduire il y a un an de cela, et comme toute relation, nous y sommes allés lentement et sûrement. Il m'a pardonné mes aventures avec d'autres fréquentations libertaires, et en bons libertins, nous sommes devenus librement inséparables.

Si on me demandait de ne choisir qu'un album de ce géant de presque 70 ans, sans doute possible mon choix se porterait sur le redoutable Machine Gun de 1968, la formation en octet la plus puissante que j'ai pu écouter à ce jour. Malgré tout, comment paser à côté de ce magnifique album qu'est For Adolphe Sax ? Impossible. Parce qu'en plus d'offrir un peu d'histoire, cet enregistrement témoigne des premiers pas musicaux de Brötzmann. Ainsi, nous voilà partis pour parler de deux choses à la fois.

Resituons le contexte : le free jazz prend toute sa dimension aux Etats-Unis dans les années 60, avec en têtes de file de grands messieurs comme John Coltrane, Eric Dolphy, Ornette Coleman, Sun Ra, Pharoah Sanders ou encore Anthony Braxton. C'est l'expression libre par le jazz, quand la musique transcende la simple prestation et l'élève à un rang spirituel... et politique, idéologique. Parmi les grands, Albert Ayler, qui sort en 1964 le démoniaque Spiritual Unity, symbole d'une folie monstrueuse qui éclate au grand jour. Son saxophone, bras armé du musicien, tempête et crache comme jamais, impétueux, fougueux ; pourtant, l'instrument se situe bien loin à l'origine d'une telle torture des notes. Adolphe Sax en fut pourtant le père aux alentours de 1850, donnant à l'Europe la primauté de son emploi ; c'est avec Coleman Hawkins notamment que surgit la démocratisation du saxophone... aux States bien évidemment, dans la mouvance jazz du début des années 50. Dès lors, saxophone rimera avec jazz et son développement.
Le free jazz s'est rapidement trouvé comme compagnon outratlantique la free improv (l'improvisation libre). L'avant-garde européenne, qu'on considérait parfois comme dépassée par les évènements, n'en a pas moins réagi de plus belle et de concert avec le contexte géopolitique de l'époque ( la guerre du Nam, dude). Mouvement contestataire dans lequel l'art pictural se trouvait aussi bouleversé et fortement compromis. Peter Brötzmann est au début des années 60 un peintre aux caractères agressifs, ne trouvant pas son expression dans la peinture. Il y a eu sans nul doute un déclic quelques années plus tard, un choc avec le free jazz extrême de Albert Ayler. L'unité spirituelle, portée par la musique libre, passa dans ses oreilles et lui insuffla l'idée de se lancer dans l'expression sonore de la violence, qu'il souhaitait voir surgir aussi formidablement que celle du diable de Cleveland. Alors que s'éteint le Trane en 1967 (en laissant derrière lui des preuves de son terminus LSD comme l'incroyable trip de Om, bijou furieusement barré), le relais traverse l'océan et laisse exploser le talent de Brötzmann au cours d'une représentation en trio, à l'occasion d'une galerie sur l'art. Laissant un public terrassé, interrogé, peut-être même meurtri.

For Adolph Sax est donc un hommage rendu au créateur du saxophone, comme si après un long voyage à l'étranger, il revenait sur le vieux continent éveiller les esprits et animer les ardeurs terribles de l'avant-garde contestataire européenne. Le morceau titre laisse présager le champ de bataille qu'ouvrira Machine Gun, dans une formation en trio laissant plus de place à la respiration auditive. Claquements de caisse claire, suraigüs inflexiblement envoyés à notre figure - comme autant de punchs à la Sugar Ray Robinson, courts grincements épileptiques ; entre gazouillis mécaniques et vrombissements gluturallo-mélodiques, pêches de cymbales, frottements acharnés de contrebasse, le cocktail explosif est déjà réuni sur cet enregistrement historique.
Comparons maintenant cet album avec son successeur : le premier prend  forme dans l'expression de libertés extrêmes ; il est un remerciement à l'instrument, à son créateur, bouleversant. Seulement voilà, Machine Gun fait mieux/pire. C'est l'effet gorge profonde. La puissance sonique quadruplée, un complexe harmolodique dynamisé par les attaques « intempestives » (ici, mélioratif) de Herr Brötzmann, son altesse poutrantissime. La pochette nous prévient. Ecouter cet album, c'est s'imaginer une attaque massive de sons, des AK-47 Kalachnikov pointées vers nos oreilles, rakatakatakata dans les bunkers et plus encore ; c'est une pluie de bombes, un largage de napalm, un remake du Biên Biên Phu. Obus, cratères, les huit compères paraissent comme huit cent fantassins, survolés par des forces aériennes et leurs moteurs bruyants, appuyés de massifs chars d'assaut, dans un enfer de notes torturées et tortueuses et de grands éclats. C'est l'assaut final à la rencontre de l'improvisation libre, sans arrêt, un "feu (sonore) continu" nourri par des tirs automatiques.

Ca vous paraît un peu trop fort ? Ah, mais mon bon monsieur, quand on s'invite à la table de Brötzmann, c'est pas pour faire la fine bouche, genre gourmet tiré à quatre épingles. On s'asseoit là en faisant frotter sa chaise contre le sol, on fait claquer les couverts et tomber la porcelaine de Limoges. A la bonne franquette, le maître de maison est pas à ça près, nom d'une pipe. Comment, on serait mal élevés ?... non !...

On aime juste exercer notre liberté.

Note générale For Adolphe Sax : 19/20
Note générale Machine Gun : 21/20

*** Si vous aimez, essayez... ***

 Die Like a Dog Quartet - Little Birds Have Fast Hearts, No. 1

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06 mars 2007

MF Doom – Special Herbs, the BOXSET Vol. 0-9

mf_specialherbs06Il est parfois bien difficile de devoir parler d'une découverte personnelle alors qu'il s'agit pour d'autres d'un artiste bien connu : le chroniqueur qui doit faire face à ceux qui connaissent le mythe alors que lui-même ne le connais que depuis peu. MF Doom fait partie de ces révélations qui me font penser que finalement, tout ce que je sais, c'est que je ne sais encore rien. Et quand bien même je croirais avoir trouvé mon artiste hip hop favori, il faudrait attendre que quelqu'un d'autre ne vienne lui prendre la place. C'est certain. Pourtant, malgré ma connaissance peu approfondie de l'histoire du rap, je suis bien décidé à parler un peu de ce type dans un nouveau dossier portrait, puisqu'il est au coeur de l'actualité du genre. C'est parti !

Daniel Dumile, né à Londres le 9 janvier 1971, ne restera pas longtemps au Royaume-Uni puisque sa famille décidera de déménager à Long Island, NYC. C'est à 18 ans qu'il commence à faire sérieusement parler de lui avecblackbastards son frère cadet aka DJ Subroc, comme membres  du groupe KMD avec Onyx. « Kausing Much Damage » deviendra vite « positive Kause of a Much Damaged society » puisqu'ils signeront avec le label Elektra pour deux albums qui se voudront engagés contre la ségrégation raciale encore latente aux States. Mr Hood ne connaîtra un franc succès que plus tard (vers 1995) comme fer de lance d'une nouvelle conception du hip hop ; car au début des 90s ce seront surtout des artistes comme Ice Cube (AmeriKKKa's Most Wanted) ou Public Enemy (Fear of a Black Planet) qui caracoleront en tête des charts. Dumile  connaîtra par la suite une mauvaise période entre 1993 et 1997, puisque son frère décédera renversé par une voiture et qu'en prime Elektra lui refusera la signature de Black Bastards, autre monument refusé pour cause d'une pochette très controversée – le titre comme jeu du pendu avec une représentation cartoonesque d'un petit noir au bout d'une corde...

MF Doom n'apparaîtra qu'en 1999 avec la sortie d'Operation: Doomsday, masquant un Daniel Dumile ayant eu peine à se relever de ses blessures et tourné contre l'industrie qui l'a « atrocement déformé ». Car effectivement, l'ancien Zev Love X s'est transformé en super-vilain obèse, homme au masque de fer directement calqué sur le personnage de Dr Doom de la série de comics Fantastic Four. Comme sorti de nulle part, puisque personne en 1997 ne savait qu'il recommençait à tourner comme MC (notamment au Nuyorican Poets Café), son masque deviendra un symbole au design navigant entre celui du comic et celui du Gladiator de Russel Crowe.

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MF pour Metal Face donc, mais aussi pour le Metal Fingers auteur de sons purement géniaux de groove (et pourquoi pas Mother Fucking Doom)... La renaissance de Dumile à travers ce personnage va marquer un point crucial dans l'évolution de la culture hip hop underground, grâce à un son east-coast mixant avec génie des samples groovy à d'autres kitch datant des 80s.
C'est ainsi que Daniel Dumile devient un artiste indépendant, une icône signant l'incomparable Operation: Doomsday d'abord pour Fondle'em (la version 1999 est introuvable avec ses samples de Marvel) puis SubVerse (en 2000 et 2001 !)... un pilier majeur, un point de départ d'une nouvelle carrière exemplaire, faite non seulement d'albums de rap purement exquis mais aussi d'une série de travaux instrumentaux, les fameux volumes Special Herbs.

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Ainsi, c'est en 2001 que MF Doom commence à compiler toutes ses trouvailles sonores en différents volumes, numérotés de 1 à 9 ( et 0), aux jaquettes reprenant des images vintage du comic des Fantastic Four, introducing Dr Doom (du moins jusqu'aux volumes 5-6) comme un écho de la pochette interne de sa première production. Le tout ressortira sous forme de mix début 2006 (je vais y revenir).
Entre-temps, la réputation de MF Doom va prendre de l'ampleur jusqu'à devenir un véirtable phénomène qui explosera littéralement en 2003 et 2004, les années MF, pendant laquelle il jouera au chat et à la souris avec ses fans en adoptant divers pseudonymes. En 2003 : King Geedorah, Viktor Vaughn, puis l'apparition sur l'album de Monta Island Czars aux côté de Kurious et son pote MF Grimm (cf. respectivement ? et Tick Tick sur Operation: Doomsday), et enfin production de l'album Nastradoomus avec Nas. Comparé à Madlib (aka Quasimoto), il enchaînera rapidement les collaborations et projets, avec la naissance de Madvillain en 2004, année de son second album solo, l'excellent Mm... Food, semblable en structuration de morceau. Danger Doom en 2005, né de son association avec Danger Mouse.
Bref, Doom collectionne les projets, et ça marche : les critiques sont unanimes, on parle même de références pour le premier album de Viktor Vaugh et celui de Madvillain. Chaque sortie de l'ancien KMD est désormais à surveiller, et d'ici avril 2007 on devrait avoir droit à Swift and Changeable, soit le premier album de MF Doom & Ghostface Killah, cf. le Wu-Tang Clan. Du gros son en perspective...

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Mais revenons à nos moutons ; il faudra donc attendre janvier 2006, après maintes collaborations et side-projects, pour que MF Doom nous ponde une perle de mixtape : le Special Herbs Boxset, mixture spéciale préparée aux petits oignons. Le genre de cadeaux tombés du ciel puisque outre les 3 heures de rétrospective instrumentale, il nous offre 10 « Secret Herbs & spices from the KMD kitchen », comprenez des titres inédits de feu son premier groupe. A quoi cela ressemble-t-il ?

Tout d'abord, visuellement, l'objet en lui-même est magnifique. La pochette est signée Matt Doszocs et annonce clairement la couleur : MF the Supervilain nous invite dans sa cuisine pour nous présenter un assortiment unique d'assaisonnements de derrière sa table de mixage ! La recette devrait fonctionner, car ouvrir ce petit coffret rappelle étrangement la sensation de feuilleter un vieux recueil de cuisine, façon mamie gâteau. Bref, vous l'aurez compris, cette compilation présente bien et peut se dévorer rien qu'avec les yeux.

C'est donc en toute logique que l'on commence à goûter la saveur de ces ingrédients, une préparation en trois étapes difficilement séparables.

Le premier disque contient 37 pistes. Silence, ça tourne ! Ahlala, qu'il est fort le roi Ghidra, il balance direct la sauce avec un Arrow Root qui fera frémir les adorateurs du premier album solo (sample à la base du titre Doomsday). Le disque se déroule tranquillement, quelque part on aimerait aussi avoir des versions rappées (comme des carottes, ahahah) mais que dire sur des tubes incontestables comme Coffin Nails, ceux qui se suffisent à eux-mêmes ? Même si l'on se rend finalement vite compte que chaque boucle ne fait pas plus de deux minutes, dans lesquelles MF Doom laisse parler ses talents de producteur en distillant des sons efficaces alliés à des beats très recherchés. On navigue facilement entre des plans jazzy à des samples plus rock, sans pour autant être des riffs de hard qui gâcheraient la composition sous prétexte de fusionner les styles. Ca s'appelle du génie, et ça dure bien une heure et quart pour la première partie.
Second disque : c'est reparti pour un tour, nous voilà lancés pour 35 autres herbes spéciales et on s'imagine encore une fois à tracer la route seul, rien que pour savourer l'instant, sur ces sons tubesques comme Bark, Coca Leaf ou bien sûr Star Anis... Qui d'autre que MF Doom est capable de faire cohabiter dans son assiette de la purée 80s avec des épices groovy ? Imaginez un chef capable de rendre délicieux une charlotte de sardines à l'huile. Ici, même concept, le son kitch se marie étonnamment avec le reste, on n'en fait qu'une bouchée. Malheureusement, tout s'enchaîne si vite qu'on manque presque de temps pour savourer la texture même des productions proposées. Quand on y pense d'ailleurs, on peut quand même se faire la réflexion qu'un tel aperçu en quatrième vitesse pourrait gêner les puristes ; que cet objet ne conviendrait qu'à ceux qui n'ont pas la collection des volumes. Malgré tout, on ne peut pas cracher sur un plat au fumet qui émoustille si facilement nos tympans ; et en outre, voilà une friandise qui ne risque pas de nous faire friser l'indigestion. Un délice léger mais consistant, que rêver de mieux ? Pas besoin d'en dire davantage, pour le coup la popotte de Metal Finger c'est de la pure finesse, des doigts de fée métalliques qui caressent les styles, effleurent les sons et domptent les beats.
Le troisième disque, la partie secrète de la boxset vaut uniquement le coup pour ceux qui connaissent déjà bien le black lascar et qui adorent les premières heures de Zev Luv X. On découvre ici avec plaisir une dizaine de trésors enfouis sous le soleil des jours de KMD. Un petit plus qui ravira les geeks.

Au final, cette compilation de Special Herbs ne présente presque pas de défaut : elle donne un large panorama des meilleures créations de Metal Face dans un coffret classieux, plus de trois heures de musique non-stop qui éviteront l'achat des volumes deux par deux,  le tout aussi écoutable en fond musical lors d'une soirée entre amis que pour une analyse profonde des sons. Il faut cependant souligner son gros défaut, c'est qu'il s'agit d'une édition à tirage limité à 7500 exemplaires, donc si vous comptez vous offrir un peu de hip hop underground, n'attendez pas que les prix grimpent à la verticale comme cela se fait souvent lorsqu'on parle de MF Doom ou KMD !

doom9xsAujourd'hui encore, et plus que jamais, MF Doom est l'un des artistes dont on attend le plus. Après la création d'une page Myspace et quelques interviews, on en sait déjà plus sur le héros masqué. Il serait marié, aurait deux enfants (oui oui comme la série), et vivrait à Atlanta en Géorgie. Il a notamment expliqué que le masque qu'il porte est un contrepoint de l'industrie du rap qui véhicule plus les images que les idées... pourtant, certains forums de fans laissent présager que Dumile tomberait le masque. Ouh le vilain.

Quoi qu'il en soit, « peu importe l'apparence » dixit MF Doom, qui demeure bien un artiste majeur du hip hop, pionnier du nouveau son east coast des années 2000. Sa compilation de petites herbes fait voler haut, très haut ce qu'on appelle pourtant avec un air précieux l'underground new-yorkais ; comme si finalement, l'expérimental pouvait lui aussi sonner easy-listening.


Note générale : 18.5/20

*** Si vous aimez, essayez... ***

MF Doom – Operation: Doomsday
Viktor Vaughn – Vaudeville Villain
Madvillain – Madvillainy

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27 janvier 2007

Eazy-E - Eazy-Duz-It

eazyAprès le premier dossier portrait sur Coltrane, j'éprouvais l'envie de dresser le portrait d'un artiste tout à fait inattendu. Une surprise pour les visiteurs réguliers du forum – que je remercie vivement – comme pour ceux qui jugeraient hâtivement ce blog comme celui d'un fan basique de musiques concensuelles ( même si cela paraît bien sûr ridicule à côté de termes comme free jazz ou free form...). Je tenais aussi ajouter aux mauvais esprits qui me considéreraient comme « un gros blaireau branché has been » (c'est arrivé) que les dossiers portraits sont avant tout des essais que je propose à chaque lecteur, qui doit y voir une certaine admiration (ainsi qu'une admiration certaine). Si je n'écoute pas autant Kinski, Chevreuil ou Zu, autant que Dolphy, Wire ou XTC, c'est parce que je n'en suis pas au point où il me semble avoir fait le tour des grandes figures qui font que les projets actuels sont ce qu'ils sont.

Ainsi donc, j'ai opté pour la mise en relief d'un genre trop méprisé par toute une partie de la gente musicale, je veux parler du gangsta rap (cf. la chronique de N.W.A.). Ce groupe n'aurait jamais existé sans la présence d'un type, qui a lui seul a incarné toute l'essence du style : la légende appelée Eazy-E.

Nous sommes en 1986. Lassé de la vente de cocaïne et de la vie dangereuse des rues en proie à la guerre des gangs, Eric Wright, 23 ans, décide de se lancer dans l'industrie du disque – lui, fondateur du label Ruthless Records. Forcément, les moyens ne sont ni au rendez-vous ni au niveau de l'enjeu : un beat box, une cassette et un matériel de mixtape de seconde main, le tout dans un garage fermé et qui sent la dope. Le rêve d'Eazy-E c'est de produire... pas de rapper. Son but, c'est le pouvoir, l'argent et les biyatch ; pas l'introspection qu'impose le rap. Malgré tout, ses compères de l'époque et ses ghost writers (comme Ice Cube, D.O.C. Ou encore MC Ren) le pousseront à rapper – la légende raconte qu'Eazy, trop timide pour s'afficher, rappa pour la première fois dans le noir complet, sombre et glauque d'un garage délabré aux allures de mafia. Je vous conseille d'ailleurs, à ce titre, de regarder un Dick Tracy après Eazy-Duz-It, histoire de rester dans le domaine des gangs et de la mafia, pourquoi parce que c'est pareil connard.

portraiteazyIl croise la route d'Arabian Prince, dans les rues sombres des quartiers de Compton ; bientôt, se joindront à eux de futurs grands noms du gangsta rap : Dr Dre, MC Ren et DJ Yella (cf. N.W.A.), Dr Rock, D.O.C. Et bien d'autres « straight outta the muthaphukkin' streetz of compton ».
Le premier album de N.W.A., dont il est le producteur exécutif, connaît un succès plus que mitigé : sons caricaturaux, robotiques et statiques qui rappellent 2 Live Crew ou Run DMC – globalement la scène des mid-80s.
En 1988, après deux ans de latence et un sérieux coup de balai dans N.W.A. & the Posse, toute l'équipe se retrouve au bar des sports pour parler du premier album. « Dre is on the beat, Yella's on the drums », et MC Ren comme accompagnateur privilégié. Ice Cube et le comparse secondaire de D.O.C. (un électron libre selon certains spécialistes du genre – surtout ceux avec une 306 cab jaune) endossent le rôle de ghost writers connard. La dream team est ainsi formée.

EDI sort en 1988 sur Ruthless. Dès le commencement de l'album, un style classieux mêlé de funk et de rap hardcore balance un rythme endiablé ; tantôt frimeur, tantôt entraînant, il nous emmène dans l'univers clinquant et délicieusement méchant d'Eazy-E.
Les quatre premières chansons sont impressionantes de maîtrise, de simplicité et d'efficacité ; le son reste funky, les breaks s'imbriquent parfaitement et le rap rentre dans la légende à mesure qu'il rentre dans notre tête. Le Boyz 'n da hood marque un arrêt par sa nostalgie pour le premier album avec the Posse ; donc nettement moins bon que les autres sons, néanmoins le rap écrit par Ice Cube est si pur et inventif pour l'époque qu'on se laisse porter malgré tout par le mythe du titre. Irrésistible, mec.
La suite ressemble à un best of : Eazy-Duz-It fait preuve d'une inventivité remarquable, mêlant trois sons fleuves différents avec une variété de breaks renversante. Ensuite, s'enchaînent les tubes, sample ultra efficace de Bootsy Collins, dynamis(t)é et entêtant, tout comme Easier Said Than Dunn, CLASSIQUE du hip hop des 80s, première GROSSE production notable de Dr Dre. Avec Radio, ils font entrer le hip hop dans une nouvelle ère : un son ultra stylisé, rythmé ; un flow sans cesse inventif et rebondissant... incontrôlable.
L'album se poursuit et finalement s'achève par des sons dont la qualité renvoit aux premiers titres de l'opus. Ils poursuivent l'innovation sonore et dope la créativité des lyrics, deux éléments qui caractérisent au mieux cet album de folie.

Après le maxi single de 1990 (100 miles 'n Runnin') le groupe sortira son troisième album, Efil4zaggin ; néanmoins les crise internes au groupe, survenues après le départ de Ice Cube en 1989, rongeront ce qui reste de l'union sacrée ; et en 1992, un certain Suge Knight débauchera manu militari Dr Dre des mains de Jerry Haller pour former le cultissime label Death Row.
Eazy-E, toujours entouré de Ren et Yella, éditera deux EP successifs : 5150 Home 4 Tha Sick qui tranche avec l'époque avec ses accents ronds, ragga et soul, puis l'indispensable des fans It's On (Dr Dre) 187um Killa, frondage à l'encontre de Dre qui répond à l'attaque de Snoop et Dre proférée sur Fuck With Dre Day.

flyereazyDurant les deux dernières années de sa vie, Eazy se consacre vainement à la destruction de la carrière de Dre et du label Death Row... sans résultat. Le seul résultat positif, c'est le dépistage du sida. Mais sa vie privée le rattrape : six femmes se succèderont, lui laissant sept marmots, dont Lil Eazy-E, héritier du rap west coast qui a le vent en poupe. Des problèmes respiratoires en 1994 annoncent son hospitalisation de l'année suivante : sur son lit de mort, toute la troupe des remuants saltimbanques créateurs du gangsta rap viennent se réconcilier avec ce qui sera le premier rappeur à être élevé au rang de mythe défunt, car il crèvera du sida comme une merde en 1995.

Des projets de reformation sont formulés, sans succès. Un album posthume de très moyenne facture sortira cette année là, suivi de tributes de même qualité jusqu'en 2002. On le voit aujourd'hui au bras de The Game. La légende subsiste encore aujourd'hui dans nos coeurs et dans nos fesses, qui claquent à l'écoute de son seul nom.

Haters should know about now, Eazy DUZ IT!


R.I.P.

 

Note générale : 19.5/20

*** Si vous aimez, essayez... ***

The D.O.C. - No One Can Do It Better
N.W.A. - Efil4zaggin
Above The Law - Livin' Like Hustlers
MC Ren - Kizz My Black My Azz

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11 novembre 2006

John Coltrane – The Complete 1961 Village Vanguard Recordings

c1961Ca y est, c’est fait. J’avais eu pour projet, à la base, de parler de ce coffret Impulse! le premier novembre, pour fêter les quarante cinq ans des concerts dont il fait l’objet. Un problème conséquent s’est alors soulevé à la mi-octobre, presque décidé à entamer un tel boulot : comment aborder la chronique de ce morceau de musique, un véritable pan du jazz, moi, amateur à la petite semaine, déjà fanatique du Trane avant même de connaître l’intégralité de son œuvre ? Refroidi, j’ai renoncé au projet en me disant : tu vas la faire plus tard, quand t’en sauras assez, évite de dire des âneries, de toute façon, c’est inextricable ! Et puis début novembre, avec la parution du numéro spécial de Jazz Magazine, les quatre disques sont passés par mes oreilles : le festin sonore m’a ouvert les yeux. Non, décidément, je ne peux pas, il faut que j’en parle, un blog personnel sans ce coffret et sans Coltrane, c’est comme se présenter en oubliant de parler de ses passions, ça n’intéresse personne et en plus, ça ne reflète rien. Alors voilà, modestement, je tente ma chance une semaine après l’heure, sachant pertinemment que mes écrits, malgré mes efforts, ne traduiront jamais l’intense émotion que me procure chaque écoute de ce bijou. 

Par où commencer ? Visuellement d’abord, puisque cela saute aux yeux, cette édition de Impulse! constitue bien l’une des plus belles disponibles sur le marché. Car en effet, le coffret est du genre luxueux : un boîtier noir en carton fin texturé, tranché par la plaque métallique du Village Vanguard, proposant en plus des quatre disques et de leur pochettes finement travaillées, un livret détaillé sur Coltrane, artiste jazz peut-être le plus influent et perfectionniste jamais égalé. Un travail d’orfèvre qu’il faut souligner avant toute chose, puisque outre de superbes peintures exclusives, c’est une précieuse manne d’informations que nous délivre David A. Wild, la plume éclairée par des propos et anecdotes qui raviront certainement les plus fanatiques des admirateurs.
Plus que tout autre, ce mérite du bel hommage se devait d’être souligné. 

Comment aborder cette analyse ? Voilà le souci premier qui me taraudait le plus. D’abord, il faut savoir que cette sortie de 1997 couple plusieurs volumes déjà parus auparavant. En effet, 22 titres composent cette compilation, dont 5 inédits ; cependant, certains y trouveront une redondance, puisque pas moins de cinq titres existent en trois versions différentes. Les autres trouveront au contraire de la force… normal, puisque le quartette mythique de Coltrane s’octroie sur ces enregistrements un second bassiste ainsi que le fameux Eric Dolphy, sans compter la participation de Bushell et Abdul-Malik… voilà qui donne envie, pas vrai ?
Et sans y réfléchir, me voilà à réécouter le premier album. Les émotions me viennent, les anecdotes aussi ; c’est décidé, cette chronique sera pour la première fois écrite en même temps que l’album tournera, et constituera une sorte de dossier en portrait. Faute de connaissances musicales pointues – petit percussionniste que je suis, je parlerai ici plus d’émotion et expliquerai davantage ce que Coltrane était, plutôt que de disserter sur la technicité, dont je laisse les détails aux décortiqueurs exaspérants. Les prochaines lignes retranscrivent donc les balbutiements de mon esprit pendant les quatre heures et demie de musique qui s’offrent à moi. Je rentre dans le prestigieux club de Greenwich Village…


Disque I : le 1er novembre 1961

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John Coltrane, Eric Dolphy, Ahmed Abdul-Malik, McCoy Tyner, Jimmy Garrison, Reggie Workman, Elvin Jones. 

Les quatre concerts étaient répartis sur cinq jours, du 1er au 5 novembre 1961. Le line up est sensiblement différent d’une prestation à l’autre, mais dans l’ensemble, la cohérence est bien évidemment préservée.
Autant le dire dès maintenant : voilà l’album qui a bouleversé ma vie de jeune amateur de jazz. Si j’ai été complètement sous le charme de A Love Supreme, ou bien encore extasié par Olé, là rien n’est comparable. Les performances sur scène me touchent particulièrement plus que les studio recordings ; par leur son, leur texture. Leur signification exacerbée par la force du jeu. Le rêve aussi, celui d’un instant T à porté de main, ici capture d’un concert de 1961. L’ambiance. Ce feu. La magie. Un fantasme épileptique qui débute par LE morceau qui m’arrache des larmes, India. Jamais auparavant morceau de jazz ne m’avait autant marqué émotionnellement, ce dès la première écoute ! On ressent aisément les influences indiennes que Coltrane met en avant dans ses improvisations, on les intègre, elles nous percent la poitrine, et on en pleurerait. Une beauté aux accents tragiques, tant greffée d’éléments d’une culture orientale que l’on connaît riche. Imaginez : à l’instar de Olé, deux contrebasses installent une profondeur, dans laquelle se plonge ici Abdul Malik et son luth oriental, brassés par le duo libéré de Coltrane et Dolphy, pour une interprétation d’exception du morceau d’ouverture. Pour les néophytes, il faut savoir qu’un tel exercice d’entrée de jeu demande une longue mise en bouche, comprenez une préparation assidue. Coltrane ne se séparait jamais de son instrument, il jouait tout le temps, et jusque dans les loges avant un concert, il continuait à vouloir se perfectionner, et il était fréquent de le voir entamer une prestation trempe de sueur. Parce que ce qui est capital chez Coltrane, c’est la dévotion à sa musique. A la fin de cette version inédite, bien maigres sont les applaudissements qui suivent, pour dix minutes de pur plaisir… et tant d’heures de souffrance.
Qu’importe, c’était une autre époque, un autre milieu, et Coltrane lance son fameux Chasin’ The Trane, dont on doit le nom à la chasse de l’ingénieur son Rudy Van Gelder, pour capturer par micro un Coltrane extatique qui n’avait de cesse de se déplacer sur scène ! Parmi cet exutoire mélodique, on retient surtout la folie des phrases musicales, qui entretiennent la magie pendant dix nouvelles minutes. Ce jonglage improbable de diverses gammes, sur différentes octaves, ferait sans nul doute un bon exercice aux saxophonistes les plus assidus. Difficile de ne pas être élogieux, bien que la version soit somme toute à peine exceptionnelle. Il laisse sa place au frénétique Impressions, dont on note forcément le dynamisme, une rapidité conduite par un Elvin Jones qui décidément, devient peu à peu dans mon cœur le meilleur batteur de tous les temps. Ecoutez ces roulements perlés, ces rythmes à la fois inscrits dans la musique mais aussi saccadés, ces triplés de caisse claire, l’énergie qui s’en dégage… Une preuve supplémentaire de la complémentarité du batteur avec Coltrane, qui entretenait humainement de bonnes relations avec Jones. Tout s’enchaîne donc très vite, et on arrive à Spiritual, cette intro mystérieuse qui installe une ambiance beaucoup plus reposante. L’atmosphère se fait plus lyrique, comme par quête de spiritualité, éblouie par des digressions en sons si suraigus qu’on a peine à les entendre. On se sent happé par la force tranquille de cet enregistrement, allégorie sonore d’une église dans laquelle les chanteurs de gospel laisseraient crier le saxophone de Coltrane, vécu d’une transe parcourue par les superbes soli de piano d’un McCoy Tyner fidèle à lui-même. La basse en solo annonce la transition vers le premier thème, qui clôt cette magnifique version avec un decrescendo exemplaire. Puis vient Mile’s Mode, soit à nouveau dix minutes de pur jazz modal, qui bizarrement, ne me font pas autant d’effet que les précédentes. Elles ne me font que frissoner.
Coltrane - qui ne conclut  pas ici sa prestation du premier novembre - enchaîne par le chaleureux Naima, morceau baptisé du nom de sa première femme, qu’on ne présente plus puisque c’est un essentiel présent sur tous les best of dignes de ce nom. Intimiste conviendrait aussi, tant le jeu est marqué d’un tact particulier ; le solo de Dolphy est fantastique, le son de clarinette basse convenant parfaitement à cette atmosphère emprunte de douceur, brillamment développée par McCoy Tyner, qui nous mène peu à peu au dernier solo de Coltrane, sous forme de phrase musicale qui referme l’album sur une magnifique note d’apaisement.
 

Disque II : les 1er et 2 novembre 1961 

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John Coltrane, Eric Dolphy, Garvin Bushell, Ahmed Abdul-Malik, McCoy Tyner, Jimmy Garrison, Reggie Workman, Elvin Jones / Roy Haynes. 

Cette fois, le line up diffère quelque peu, puisque Bushell vient prêter main forte – avec force hautbois et contrebasson – au quartette, tout comme Roy Haynes qui remplacera Elvin Jones le temps d’une partie de soirée. On retrouve également quelques titres du premier disque.
Cette seconde page d’histoire, qui va durer 70 minutes au total, est ouverte par le Brasilia de la veille qui recouvre un bon quart de l’enregistrement. Le bassiste Reggie Workman a joué pour beaucoup dans la composition de ce morceau d’excellence qui nous donne une bonne idée de l’inspiration étendue de Coltrane ; le passage qui marque alors est sans conteste le solo de basse de la quatorzième minute, cette dissonance monstrueuse de groove - qui ne peut pas manquer de faire dodeliner du chef l’auditeur pris au jeu, avant d’en arriver à l’expression free de son art. Le reste est délicieux de musicalité, et le temps passe si vite qu’on est presque surpris que le concert enregistré s’achève alors que Coltrane relance le « thème A » pour indiquer la fin du morceau de près de vint minutes. On en voudrait toujours plus, mais quel final !

La lecture se poursuit par le concert du lendemain, dont l’opening track est Chasin’ Another Trane. Et là on commence à comprendre l’intérêt de ce Complete 1961 Village Vanguard Recordings : chaque titre est important, même ceux qui sont joués plusieurs fois. J’irais même jusqu’à dire surtout eux, car Coltrane et son band nous offrant des versions différentes, c’est laisser le plaisir de la (re)découverte intact. Cette version-là est étirée (elle double presque de temps), et laisse donc plus de place encore à l’improvisation. De la vie, de la joie, de la folie : jusqu’au bout, de l’entrain qui fait mentir les détracteurs de la musique de Coltrane, qui fourchaient de leur langue le terme « anti-jazz » pour qualifier une musique qu’ils jugeaient nihiliste. Le détail a son importance, puisque le quartette (fortifié) ira même à interpréter une autre version ce même soir !... Mais pour l’heure, et pour mon plus grand plaisir, voici venir la seconde version d’India. LA seconde version, qui renforce encore plus le point que je viens de soulever. Comparée aux trois autres de ce coffret, cette version du chef-d’œuvre est encore plus intelligemment teintée de sonorités indiennes, comme le promet cette introduction magnifique au luth oriental, qui demeurera en fond pendant la quasi-totalité du morceau, comme leitmotiv sur lequel chercher de nouvelles bases de jazz. Petite parenthèse à ce propos : le Trane avait ses idoles, mais aussi de solides repères, il apprenait autant en pratiquant son instrument qu’en écoutant les autres jouer : son côté perfectionniste dévoué intégralement à la pratique de son saxophone. Dolphy est un musicien hors pair, et je crois vraiment que son aventure au Village Vanguard a été un élément de plus dans la construction musicale de Coltrane, qui le considérait alors comme une référence sur laquelle évoluer. Parmi ces expériences, India est un de ses morceaux qui ont tissé des liens entre lui et Dolphy. Ce qui prouve une fois de plus que Coltrane était un éternel insatisfait, loin de se considérer comme un génie…
Revenons-en à l’enregistrement qui se poursuit par un nouveau Spiritual – la transition est immédiate. Version très différente de la première, plus énergique, même si les bases structurelles restent les mêmes, et on s’étonne d’une telle endurance. Softly as in a Morning Sunrise est ensuite jouée, une reprise d’un opéra de Romberg, laissant libre expression à la virtuosité de McCoy Tyner, avant que l’explosion free ne prenne le pas comme superbe montée en puissance. Le second disque se clôt donc à mi-parcours, et la tentation est trop forte pour ne pas y succomber : il faut savoir comment se finit cette seconde date !

Disque III : les 2 et 3 novembre 1961vang3

John Coltrane, Eric Dolphy, McCoy Tyner, Jimmy Garrison, Reggie Workman, Elvin Jones.

Le troisième disque s’annonce particulièrement dynamique, puisqu’on retrouve donc Chasin’ The Trane, la plus longue et vive des trois versions du coffret, comme un des trois dernières pistes correspondant au 2 novembre. D’ailleurs, voilà encore un élément clef qui fait de cet objet un formidable moyen de comprendre concrètement le côté un peu fou de Coltrane, du moins son côté libre ; en effet, il est clair que sa propension à étirer les versions de ces grands hymnes était un trait de caractère à prendre en compte. Jusqu’à la fin de sa vie (à 41 ans), Trane avait développé une aptitude inouïe à transformer des titres comme My Favorite Things vers une progression toujours plus free, toujours plus extrême. Qu’est-ce qui peut pousser un homme à aller si loin dans une quête de sonorité la plus poussée ? Peut-être que Coltrane désirait tout simplement se repentir de ses vieux démons… sa jeunesse marquée par les drogues, substances qui lui procuraient un bonheur factice, héroïne dont il avait besoin pour supporter la pression du milieu et celle du travail acharné de son instrument. Après une cure draconienne et brutale, Trane pouvait à nouveau réintégrer le quintette de Miles Davis, un évènement capital dans sa vie, puisqu’il marque le début de sa quête de spiritualité et de la sonorité la plus avancée. C’est d’ailleurs après le magnifique et traditionnel Greensleeves et l’extraordinaire version d’Impressions qui mettent un point d’orgue magistral au second concert, que nous avons droit au morceau qui embrasse ce concept, déjà présent sur les deux précédents disques, Spiritual. Une nouvelle fois on s’aperçoit de l’évolution au jour le jour des interprétations de chaque morceau, toujours plus loin, toujours plus fort, toujours plus. Il est suivi d’un Naima une nouvelle fois sublime, démontrant que Coltrane savait jouer de tout et qu’il n’était pas qu’un « homme à l’esprit anti-musical » - tout comme le I’m Old-Fashionned de Blue Train. A noter qu’avant de rencontrer Alice, Naima (soit le prénom black muslim de Juanita Austin Grubbs) avait été l’un des éléments moteur de la reconversion de Coltrane, de sa reconstruction positive : c’est donc un hommage qu’il rendait à sa belle, avant que leur relation ne se détériore. Et quel hommage ! Sur ce disque la version a quelque chose de plus accrocheur que les précédentes ; cela est peut-être du à l’effet de contraste que génère la transition rapide avec le dernier titre de ce troisième volet, Impressions, toujours aussi vif, extasié, épileptique et forcené, une performance de plus d’un quart d’heure qui laisse sans peine imaginer un Coltrane vidé, complètement épuisé par les efforts concédés pour son accomplissement free.
 

Disque IV : les 3 et 5 novembre 1961vang4

John Coltrane, Eric Dolphy, Garvin Bushell, Ahmed Abdul-Malik, McCoy Tyner, Jimmy Garrison, Reggie Workman, Elvin Jones.

C’est avec bonheur que je laisse tourner cette ultime galette du quartette de légende. Même si les titres présents ont déjà tous été joués plusieurs fois, je ne peux qu’être admiratif des deux versions de India qu’il propose ! Qui ne retient pas cette sensation de dialogue qui sans mot, arrive à se donner du sens et à partager ? Je ne vais pas disserter davantage sur ces titres que sont Mile’s Mode ou Spiritual, bien que ce soit avec plaisir qu’on les découvre avec une prise alternative de Greensleeves, courte reprise plutôt enjouée d’un air traditionnel. Les auditeurs l’auront compris,  plus que jamais, l’intérêt se place dans les variations de soir en soir, bien que le dernier concert ne prenne qu’une très légère partie du coffret, plaçant ce 5 novembre 1961 dans le domaine de l’anecdotique, bon gré mal gré. Cependant, peu à peu l’extase cède sa place à une certaine mélancolie, au fur et à mesure que l’immense Spiritual – plus de vingt minutes ! – annonce la fin d’un héritage unique, renforçant l’ampleur de sa beauté bouillonnante de plénitude.
Lorsque cette dernière heure d’enregistrement s’éteint, l’émotion est au rendez-vous, et la prise de conscience est immédiate : Coltrane était un homme exceptionnel, une force de la nature. Rien ne laisse présager devant une telle furie que l’univers coltranien s’effondrera six ans plus tard, suite à ses erreurs de jeunesse ; cela prévaut d’ailleurs pour ses ultimes enregistrements, dans lesquels le Trane devenu un bonhomme rond de 120 kilos ne laisse transparaître nulle fatigue, alors que ses prestations sont de purs délires à la liberté extrême, preuve s’il en faut que la musique avait permis à cet homme de vivre, tant au niveau corporel que spirituel. 

L’avantage sur de tels enregistrements, c’est la qualité exceptionnelle qui les caractérise, réunissant ainsi les meilleures conditions possibles pour favoriser l’impact d’un héritage si énorme qu’il est difficile d’essayer d’en définir la portée. Tout ce qu’on peut dire, c’est que lorsque ce quatrième disque se finit, on se sent hors du temps, dans un espace que rien ne peut toucher... « Saint John Coltrane » a bel et bien mérité sa sanctification dans nos cœurs… 

Dépassant la simple expérience et bénéficiant d’une édition exemplaire, cet écrin essentiel renferme un inestimable diamant à quatre faces qui enflamme le jazz à la lumière de son écoute : bouleversants de beauté, de génie et de dévotion, ses carats, plus que mille et un mots, expriment la grandeur d’un destin d’exception. 

Merci Impulse. Merci monsieur Trane. 

Je me sens vivant !

 

Note générale : 50/20 (meilleur album live de tous les temps)

*** Si vous aimez, essayez... ***

John Coltrane - Olé
John Coltrane - A Love Supreme
John Coltrane - Ascension

Posté par Bonzofever à 12:16 - Dossiers Portraits - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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