Chroniques en Vrac

Pour partager mes préférences musicales sous forme de chroniques semi-hebdomadaires, de coups de coeur en coups de gueule ; un intérêt certes limité, mais qui pourrait peut-être se révéler utile, à vous comme à moi.

05 août 2007

Mainliner – Mellow Out

mainliner1A en croire les fans de vieux groupes, les 70s il n’y aurait que ça de vrai. Reniant toute création de moins de trente ans et abominant les années 80 qui ont vu naître les pires albums de Bowie, Young et consorts, leur bac à nouveautés se situe au rayon bootlegs, enregistrements pirates de moindre qualité à la base même de la chirurgie testiculaire de la famille dorée des Hendrix. Il suffit de sortir le mot « noise » ou « bruitiste » pour faire naître une horrible sensation de dégoût qui s’effacera à la prochaine écoute d’un Deep Purple. Sympathique. Fait étrange, ceux-là mêmes sont capables de s’enchaîner plusieurs heures d’un audience recording au son pourrave, pourvu que ce soit du blues rock qu’une oreille avertie peut décrotter. Si seulement ils pouvaient se donner la peine de tenter la même expérience sur certains groupes phares de la scène noise japonaise, alors ils découvriraient des horizons merveilleux.

Dans une précédente chronique, j’avais cité Les Rallizes Denudes, grands patrons mystiques de l’avènement de la noise brute. Parfum blues en arrière-plan, les membres de ce groupe nippon au nom frenchy avaient planté le décor dans une énorme onde de choc bruitiste dont les secousses atteignent encore trop peu de rares oreilles, mais dont l’impact se ressent heureusement sur la naissance de divers projets similaires au pays du soleil levant. Ainsi la troupe des Acid Mothers Temple préfère surfer sur la noise psychédélique tandis que d’autres empruntent ce mur de son pour y coller des riffs de tueur coiffés d’une basse qui décape. L’un d’eux s’appelle Mainliner, leur premier album est Mellow Out et date de 1995.
Un concept ternaire se dégage immédiatement si l’on a la chance de détenir l’objet et pas un digital. Du nom du groupe au titre de l’album, des trois titres qui le composent comme des trois mots qui ornent la pochette, ici semble être cachée une clef de voûte qui soutient l'éni
gme. Le ternaire appelle le blues, le jazz en plus d’une certaine portée biblique (qui sera mise plus en avant sur les futurs albums) que connote la police de caractères utilisée. On semble poser une pancarte en disant : attention, cet enregistrement est noir, sale, peu de choses s’en dégagent, excepté ce rythme ternaire, blues clairvoyant au milieu d’un bruit vrombissant de toms surmixés et de guitares assassines. Un des éléments essentiels sera alors évidemment la basse, ronde et groovy qui semble tenir à bout de bras un message essentiel que se relaient la plupart des groupes noise, qu'il soient de Tokyo ou de Chicago.
La musique noise ne représente pas un style dénué de sens, dénué de portraits ou d’idoles. Elle est née dans les 70s avec Les Rallizes Denudes et le hard blues… à leur manière. C’est à dire incroyablement fort et puissant, ténébreux et inviolable, puisque le genre était lui-même et par définition un viol des coutumes occidentales.

Magnifiquement agressif, le premier album de Mainliner fait partie des grands moments de la japanoise dénudée avec le premier Kousokuya et les live PSF de Fushitsusha.

Note générale : 18/20

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Les Rallizes Denudes - Le 12 mars 1977 à Tachikawa (bootleg)
Kousokuya - First
Fushitsusha - PSF 3/4

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24 juillet 2007

Aihiyo - Aihiyo

aihiyo02Trop souvent respect rime avec hermétisme. A défaut de les apprécier à leur juste valeur, on encense et sacralise des œuvres avec un sérieux qui peut décontenancer. Que ce soit le Yojimbo de Kurosawa comme le dernier Tarantino, certaines personnes n’hésitent pas à dire qu’il ne faut pas prendre à la légère ces monuments, comme si rire de bon cœur pouvait écorcher le mythe de sarcasmes dégradants. Pourtant, ces deux films ont précisément un but : faire sourire le spectateur sur un fond de sous-entendus. C’est ce qu’arrive à faire Keiji Haino.

Plus structuré que de longues chevauchées électriques à la Fushitsusha, Aihiyo est un projet qui s’inscrit dans une dynamique moins extrême. Sorti en 1998, l’album éponyme constitue la première des deux releases du groupe. Il s’agit ici d’expérimenter les sons d’une manière différente. En effet, Aihiyo développe un côté songwriter similaire à certains albums solo, peut-être plus proche d’un Keiji & Crazy Horse que de l’avant-garde japanoise ; Haino tente de démontrer sur une bonne heure réparties sur neuf pistes qu’il peut toucher à différents styles tout en gardant le sien, une approche qui le conduit à montrer un visage éclectique au sourire sarcastique.
Sans tomber dans le mauvais goût ni manquer sa touche personnelle, Haino nous joue sa version de la pop 60s et du blues rock à la mode des Rallizes Denudes, avant de revisiter le vieux blues qui touche aux roots. Harmonica et basse, le morceau et son essence blues arythmique dénuée de tempo semble donner en spectacle un Mississippi John Hurt administré d’une bonne fessée devant un parterre de marionnettes. Si bien que, lancé comme un discobole, il envoie sa galette à la poursuite d’autres genres plus récents, pour mieux frapper de plein fouet la hype. Why the Two of Us Here est une sorte de révision de la new wave qui dynamite les Strokes, poutrant de bruit ces riffs saccadés qui envahissent la FM… l’opération revient à enfiler une Flying V à Alex Kapranos là où la pudeur interdit toute précision. On retiendra que ça fait plutôt mal et pas qu’à la dignité !
Au-delà de cette carte de revisites flanquée de caricatures, Aihiyo ajoute à sa saveur amusante de petites perles no wave haute en couleurs (I Love You to Your Bones). Ces sursauts sont plutôt rares, Haino préférant perdre l’auditeur en proposant trois derniers morceaux en parfait contre-pied des précédents. La ballade ( !) I Love You se passe sans encombres, The World is Ours est une longue composition minimaliste qui se finit en une très brève apostrophe bruitiste avant que Between Night and Morning, morceau d’une douzaine de minutes, ne referme l’album sur une plage ambient sans surprise. Enfin si. On aurait mis sa main à couper qu’il déchirerait l’espace de noise brute, mais que nenni. Ultime pied de nez pour les auditeurs avertis !

Aihiyo dévoile un Keiji Haino loin de craindre de s’en prendre aux styles établis dans un registre plus décalé qu’expérimental, malgré la tessiture sonore qui caractérise son originalité. Plus que jamais, l’amateur est testé : sais-tu sourire au bon moment et apprécier le tout en même temps ? Car si Haino force beaucoup les traits et innove son style de vieilleries et de bric-à-brac, les sensations exhalées inondent une sincérité inhibée, qui ne fait aucun doute sur l’intérêt des trois dernières compositions.

A se procurer absolument si l’occasion se présente !

SHUT THE F**** UP AND GIMME THE SWORD => DOWNLOAD

Note générale : 17/20

*** Si vous aimez, essayez... ***

Keiji Haino - Watashi Dake?
Les Rallizes Denudes - Live '77
Lost Aaraaf - S/T

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27 janvier 2007

Jack The Ripper - I'm Coming

jtripper_comingJe me souviens encore de la première fois que j'ai entendu parler de Jack The Ripper ; j'étais alors complètement sous le charme d'une copine de fac, une des rares filles à apprécier de la musique autre que Tryo ou Sinsemilia (comment peut-on faire ça à Black Uhuru ?), qui a le mérite particulier de m'avoir fait découvrir Frank Zappa en ayant collé la pochette de la compilation de raretés Läther en taille XXL sur son trieur. Temps pas si reculé où je découvrai de nombreux groupes, nourrissant une faim insatiable de découvertes aussi géniales par d'alléchants petits plats, comme Meantime de Helmet ou encore Houdini des Melvins. Eh bien m'a-t-elle fait découvrir ce groupe français, je m'attendais à quelque chose de spécial. Bien qu'à ce moment-là, je savais que cela ne me correspondrait pas.

Formé en 1996, Jack The Ripper sort I'm Coming en 2003 sur Village Vert, disque que m'a donc prêté cette fille (qui se reconnaîtra), soit le second album du groupe. Il constitue apparemment leur opus référence. Je n'ai jamais accroché à ce style de musique, mais je compte bien rendre par la présente chronique de la valeur à cet album qui, il y a trois ans, me répugnait plus que de raison. Tentons l'objectivité !

Ecouter I'm Coming, c'est se ballader dans les couloirs d'un vieux bouge parisien, où les filles de joie vous exhortent à assouvir vos désirs, dans un climat aussi étouffant que plaisant, monde étroit où claustrophobie rime avec homophilie. Un cigare écrasé dans un fond de whisky, l'appel à la débauche emporté par une musique d'accordéons, violons et autre trombones, enfument dans une illumination factice un malaise qui tétanise l'esprit. C'est le regard froid d'un vagabond au passé tragique, transcrit de belle façon sur la face miroir d'un objet plat.
La première partie en est réussie, puisqu'elle s'ouvre sur La Femelle du Requin (morceau préféré du groupe à sa sortie) et se poursuit avec notamment A Portrait's Gallery et le Martha qui suit ; l'atmosphère générale reste marquée d'influences partagées entre Tom Waits et Leonard Cohen, un timbre de voix répandant l'odeur d'un soupçon de dark folk, perdu dans un lac froid aux reflets gothiques. Des accents tziganes viennent réchauffer le foyer par quelques coups d'archet, pour finir en beauté avec So. Ecouter le disque revient alors à une expérience similaire que l'observation de son côté gravé : le reflet d'un autre, difforme, sur un fond gris mais brillant ; le calme et la douleur de l'introspection, qui sous une certaine lumière laisse échapper des rayons chromatiques d'un espace qui se conjugue avec une échelle sonore.
Sur une interview de 2004, le chanteur dit avoir des écoutes entre Godspeed You Black Emperor et A Silver Mount Zion ; ceci explique cela. Se placer dans la vague cold folk n'est pas une chose facile, les éventreurs s'en sortent bien. Cela ne m'attire simplement pas. Même un bon album de Current 93 me laisse de marbre ; aucune émotion,  mon esprit ne vibre pas. Je suis plus du genre à penser que si la musique est froide comme le dégel, rien ne vaut un bon larsen de O'Rourke genre... Brise-Glace. Cependant, cela n'amoindrit en aucun cas la performance de Jack The Ripper, étant donné que l'effet recherché est bel et bien trouvé, avec en plus de la personnalité s'il vous plaît.

Dans le plus pur style de rock cabaret, les Français s'en sortent en pondant avec brio un opus mâtiné de cold folk qui ravira ceux qui s'en piquent. Avis aux amateurs ! Groupe de talent.

Effets secondaires à signaler.


Note générale : 15/20

*** Si vous aimez, essayez... ***

Jack The Ripper – The Book Of Lies
Leonard Cohen – Songs of Love and Hate
Tom Waits – Swordfishtrombones

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16 décembre 2006

Merzbow - Ikebukuro Dada

merzbow_ikebudadaDans ma précédente news sur Merzbow, j'avais prévu la rédaction de cette chronique sur Ikebukuro Dada. Inutile de préciser que je n'avais pas idée sur quoi j'allais me lancer, puisque l'entreprise est bien périlleuse lorsqu'il s'agit de donner une idée de ce que peut être du brutal harsh-noise à la mode de Masami Akita. Le risque, c'est bel et bien de passer pour une sorte d'amateur de jazz reconverti dans la branche "inécoutable" de la musique, histoire de se donner une dimension de fin connaisseur, attitude que certains pourront qualifier d'auditeur marginal faisant passer le vide conceptuel pour de l'expérimental de génie.

Car il faut bien l'avouer, ce genre d'albums n'est pas destiné au large public, et l'auditeur n'est pas ciblé - ceci n'a aucun espoir commercial, excepté pour les ultra-fans. Ce n'est pas pour autant que l'amateur doit revendiquer une forte mélomanie, bien qu'il s'agisse en effet de la preuve d'un certain goût pour l'éclectisme qui ne fait jamais de mal dans quelque domaine artistique. J'ai d'ailleurs eu l'occasion d'échanger des idées avec un professeur d'anglais en université qui discutait de musique avec son élève, pas plus tard que jeudi dernier, entre deux partiels. Ceux-ci étaient très branchés rock 'n roll, revival, groupes garages et compagnie, de bonnes connaissances qui dévoilaient une attirance pour les chansons nourries par Little Richard comme par Jon Spencer Blues Explosion (il avait Crypt Style, le salaud). Malheureusement, j'ai pu voir la décomposition de son visage (et le désintérêt de l'élève) quand j'ai commencé à parler de mon goût prononcé pour les musiques déstructurées : pas étonnant pour un type qui ne voit en Pere Ubu que la suite du stoogien Rocket from The Tombs. Je n'avais même pas parlé de Merzbow - juste très rapidement de Boredoms - mais le namedropping me répugne d'autant plus quand l'autre parti l'emploie à foison. Pour lui, j'écoutais certainement de la musique sauvage qui "tape très vite et très fort". Ahlala, non monsieur, Minutemen c'est beaucoup plus génial que ça. Mais passons, l'idée à retenir est que ce type d'une cinquantaine d'années limitait sa vision de la musique aux chansons simples, ne cherchant pas plus loin que les versions instrumentales ou les BO de films. Ce qui donnait à penser que la seule explication de l'intérêt du noise était une hypothèse plus que vaine. Il est clair qu'une écoute de quelques secondes lui aurait suffit à classer Merzbow dans la rubrique "garbage-trash".

La poubelle serait alors de taille XXL. Ecouter la discographie d'Akita, ça revient limite à un album par jour pendant un an (j'exagère à peine) ; rien que sa Merzbox ultra-limitée collector propose 50 albums du bonhomme (de 1979 à 1997) dont 20 inédits. Je ne pense pas que Ikebukuro Dada fasse partie de cette sélection, bien qu'il s'agisse certainement de l'un de ses meilleurs travaux.
Sorti en 2002 sur le petit label Circumvent Recordings (une division de Mad Monkey Records), l'album est plutôt difficile à dénicher, et c'est avec chance que j'ai pu me procurer cette merveille pour à peine 7€ frais de port compris. L'artwork est simple, mais efficace, petite pochette cartonnée plutôt fragile, et une belle couleur vert sombre sur le cd lui-même. Je pensais avoir trouvé un album moyen (vu le prix de vente), mais ce fut une agréable (et éprouvante) surprise !
Pour résumer, voilà une bonne dose de harsh noise à faire craquer les enceintes, un rail de coke noire qui nous en envoie plein la tronche pendant une bonne heure. Rien de bien nouveau à ce niveau-là, puisque c'est un peu la base des expérimentations du man in black. Sauf qu'ici, l'album est d'une homogénéité déconcertante. Les samples employés retrouvent d'excellents échos dans la progression de l'album, notamment celui du début : après un bruit sourd et quelques craquements, un mélange de pianos et clavecins font chuter leurs gammes du haut d'un escalier pour l'enfer sonore, comme pour orchestrer la marche bancale d'un Nosferatu déglingué, cherchant à tâtons un bouchon d'oreille.
Le reste du travail de Masami est tout bonnement exceptionnel (Ikebukuro dada Texture étant certainement la meilleure des pistes de l'album), le rendu de l'utilisation de vrais instruments du registre classique permet en effet de visualiser une autre facette de l'artiste et de son concept musical - qui fait saigner les tympans. Aucun album de Merzbow ne se ressemble vraiment, et c'est là son grand point fort. Faire mentir les types qui critiquent sévèrement le harsh de génie après n'en avoir écouté qu'une infime partie.

A recommander strictement aux amateurs ; mais l'expérience vaut le coup, puisque derrière son apparent non-sens se cache un vrai bijou de musique électronique... harsh noise. Puissant !


Note générale : 17.5/20

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Merzbow - Merzbeat
Merzbow - Merzbird
Merzbow - Doors Open at 8:00 am

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04 novembre 2006

Adachi Tomomi Royal Chorus – Yo

yoComme je l’ai indiqué précédemment sur la chronique d’Otomo Yoshihide, j’ai fait il y a peu une petite razzia chez Tzadik dans la collection New Japan, histoire de voir ce que John Zorn pouvait bien sortir à part les grands artistes reconnus de l’underground. Quand je suis tombé nez à nez avec ce disque, et que j’ai lu sa description, j’avais cru tenir entre mes mains une sorte de Pow Wow japonais : l’album d’un groupe vocal qui apparemment, suscitait chez le saxophoniste un certain intérêt. Je l'ai reçu il y a deux semaines, et je l'ai écouté le soir même de sa réception...

Quelle déception. Je savais très bien que le pari était risqué, qu’il valait mieux que je garde mes sous pour quelque chose de plus sûr – bon nombre de références hip hop attendant depuis toujours d’être choyées dans ma discothèque ; je m’étais dit « vas-y, tente le coup, ce sera quelque chose d’original ». Non pas que je trouve l’album minable, ou juste mauvais. Cet enregistrement du Royal Chorus est juste ennuyeux et fatigant à la longue. Je m’explique.

J’ai pratiqué pendant de « nombreuses » années des percussions diverses, commençant par le tambour napoléonien pour finir jusqu’aux guirros et djembés, en passant par la batterie et l’apprentissage du jeu de triangle (cette saloperie a beau être insignifiante, mais essayez de reproduire l’effet d’un roulement de tambour avec pour comprendre de quoi je parle). Cette expérience m’a fait entrer dans diverses formations musicales, et entre cérémonies nationales et concerts du mal nommé « Orchestre de Batterie Fanfare », j’ai pu m’essayer à un ensemble de percussions qui pratiquait justement lui aussi, l’exercice du groupe vocal. Au programme : une pièce musicale appelée Variations sur un Thème Japonais. Ou l’art de jouer sur les syllabes à consonances jugées nippones pour former des phrases comme « ma to-yo-ta est o-to-ma-tik / fan-tas-ti-ko-to. » Bon, cela peut faire sourire, mais l’ensemble rendait plutôt bien, plusieurs styles musicaux étant abordés ; entre jazz et funk, les sons qui sortaient de nos bouches devaient plus ressembler à un jeu de batterie qu’à des paroles courantes. Pour faire bref, c’était une pièce pour un ensemble de douze percus à quatre voix, oscillant entre canons et répartitions mélodie / rythme. Voilà donc pourquoi je me suis penché sur ce groupe vocal japonais, une petite tentative personnelle de me retrouver dans un genre à part ; en outre je ne cache pas l'amusement que j'éprouve à écouter les Pow-Wow, et je me suis dit qu’en version japonaise, cela pourrait être marrant… Erreur.

Car l’album ressemble plus à un exercice purement solfique qu’à un répertoire de chants bien agencés. Même si la complexité de la composition révèle le talent des types qui composent l’ensemble vocal, on ne peut s’empêcher de s’ennuyer rapidement sur cet album qui s’étire horriblement en longueur. Si on juge aisément les dix premières minutes sympathiques, les dix prochaines s’avèrent plus difficiles, et cela finit par un bilan moyen : Yo dans son intégralité n’est pas simple d’écoute. Personnellement me pensant être rompu comme un bâton de tambour à ce style de musique vocale, je me suis bien vite rendu compte que le résultat d’une telle expérience est assez indigeste si la complexité prend le pas sur la musicalité. Cela me rappelle d'ailleurs l'album solo de Mike Patton Adult Themes For Voice (c'est d'ailleurs le seul rapprochement qui me vient à l'esprit pour le moment...), qui au final présente des défauts similaires.

Cette curiosité intéressera avant tout les professeurs de solfège, et donnera de bonnes idées de boulot aux profs de percus du genre sadique. Moi, je passe mon tour.

Note générale : 10/20

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Mike Patton - Adult Themes For Voice

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27 octobre 2006

Big’n – Cutthroat

bignCest partout pareil. Dans n’importe quel milieu musical, le paysage semble suivre une même logique, et sa progression s’apparente à celle d’un voyage routier. Pour découvrir le continent du rock, on indique des chemins tout tracés. Les autoroutes les plus chargées sont jonchées de grosses pancartes qui nous affichent les noms des « super groupes », Led Zeppelin, AC/DC, mec, toutes les bombes ! La distance qui les sépare est moindre, rien n’empêche de tout découvrir en même temps. Par contre, ce n’est qu’en faisant attention lors de l’approche du lieu indiqué qu’on peut apercevoir d’autres artistes, ceux moins visibles sur l’atlas de la musique.
Prenons par exemple la capitale Nirvana : j’emprunte l’autoroute grunge, et je me rends compte que des noms bizarres défilent à toute vitesse. Mudhoney, hmm, non ; Melvins ? ouais tiens, si j’allais voir Melvins, le plan nous indique par où passer. Et là, crac dedans, on loupe la petite route vers Karp. C’était écrit trop petit sur la carte pour attirer l’attention, alors merde, tant pis.

C’est exactement pareil pour Big’n. Parmi le choix unique de musiques plus géniales les unes que les autres, l’amateur de Noise City (Chicago ?) découvrira sans doute Slint ou Shellac. Mais rien ne certifie qu’il ira plus loin – et ça se comprend, c’est réellement vaste de ce côté-là. Or, si Big’n fait figure de petite bourgade, elle vaut plus que le détour : mais attention, c’est un village de fous, des pêcheurs qui n’ont pas froid aux yeux, et leur salle de concerts Cutthroat est un véritable coupe-gorge.

Bien, ne vous inquiétez pas, dès maintenant je deviens moins abstrait, parce que Cutthroat, sorti en 1994, est un album, non pardon, une tuerie dans tout ce qu’il y a de plus concret, brutal, et… brutal. C’est une torgnole musclée, une agression sans concession, qu’il faut consciencieusement éviter de laisser dans la chaîne hi-fi alors que le réveil électronique est prévu pour se déclencher à 7h du matin à fond les ballons – croyez-moi, ça vous fait bondir à l’horizontale et vous restez tendus comme un fil de pêche pendant toute la journée.
La dernière fois que j’ai écouté cet album – enfin pas à mon insu, c’était après une sale journée alors que j’allais emprunter le train. Devant moi, deux lycéennes qu’on jurerait sorties tout droit d’un épisode de série Z parodiant les Précieuses Ridicules. Etant donné la qualité de conversation, je m’écoute Chinese Jet Pilot, titre qui ouvre l’album…
Là, j’imagine alors gueuler comme un veau, arracher mes fringues une par une, puis bondir sur les gamines, le couteau entre les dents, pour faire un carnage total. Faire de la charpie de filles à papa, et finir en détruisant la moitié du wagon, laissant à peine le temps aux autres passagers de se barrer sans avoir composté leur billet. Ca c’est de la musique, pas vrai ?
Si l’ouverture se fait sanglante, veillons à ne pas cantonner cette galette dans une seule petite sauvagerie intense. Tous les titres sont des bombes, elles vous explosent leurs guitares noise en pleine face, ça envoie, c’est brut, c’est bon. Impossible d’être impassible, de bout en bout la pression est énorme et le gros son est bien travaillé ; du coup, difficile de faire un choix de highlights. Certains morceaux font penser à du Deadguy. Razorback est aussi superbe que le fameux King Hot Pants, et on comprend que le sacrifice des deux jeunes vierges n’est que le début, que cet album est un massacre qui rend fou. Que toutes vos pensées se résument à la violence pendant la totalité de l’écoute, pour terminer par l’implacable Bait.
Je m’emporte un peu ? Bien, peut-être suffit-il de dire que Big’n est certainement aussi fin que n’importe quel Jesus Lizard, que l’écoute est prenante, qu’on devient rapidement attaché à cette musique si poignante, que c’est super coquinou avec la voix parfaite d’Akins, ou encore que les compos sont un délice de gourmet, pour vous faire comprendre qu’il s’agit bien là d’une des meilleurs formations noise ayant existé. Au choix.

Je défie quiconque de trouver un défaut à cet album de folie. Steve Albini fait encore des merveilles avec Big’n, groupe à considérer comme majeur, autant pour la mélodie que la rythmique qui tranche très sévère.

A découvrir d’urgence !!!


Note générale : 19,5/20

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The Jesus Lizard - Liar
Deadguy - Fixation On A Coworker

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18 octobre 2006

Neil Young & Crazy Horse – Sleep With Angels

swa_nyLa plupart du temps, un constat flagrant ressort lorsque l’on parle musique : il existe irrémédiablement - et c’est logique - en chacun de nous une part de dépendance à des icônes, des héros, des types qu’on adule pour ce qu’ils ont créé, ce qu’ils ont accompli… et pas seulement. Vous savez, ces grands compagnons qui semblent nous accompagner depuis toujours, ces types-là sur lesquels on peut compter sans jamais douter de leur assistance, alors que nous ne les connaissons même pas. Ceux qui comptent vraiment. De tous ces artistes de cette trempe, Neil Young restera à jamais mon favori. Mon héros pour la vie.

De After The Goldrush à Zuma, en passant par Everybody Knows This Is Nowhere, On The Beach, Tonight’s The Night, ou encore Rust Never Sleeps et bien sûr Harvest, Neil Young représente à mes yeux l’artiste accompli qui a toujours su garder cette part de sincérité touchante, cette poésie vraie, transcrite par ces mots qui apaisent le cœur, ou ces maux dans lesquels chacun de nous reconnaît ses propres malheurs. Certains élitistes aiment relever ses quelques erreurs de parcours… mais après tout, c’est tout à fait normal. Puisqu’il est définitivement humain.
Que peut-on alors attendre, en 1994, d’un type dont la discographie élémentaire se situe pile dans les 70s - entre 1969 et 1979 ? Est-ce qu’après une quinzaine d’années, une suite d’albums plutôt médiocres dans les années 80, Neil Young serait capable de nous pondre une perle ?

Prenons le cas actuel : Living With War ; s’il est le dernier album de Neil Young (mais j’en doute), cela serait une fin relativement bonne pour un artiste à la discographie si imposante. Pas plus – pas moins non plus. Transposons la même réflexion back to the 90s, ou le grunge fait sa loi. Je pense que personne parmi les pogoteurs ne croit vraiment à un pur chef d’œuvre, jugeant hâtivement le vieux bougre comme un guitariste folk 70s, point barre.
Sorti en 1994 sur Reprise, Neil Young signe donc Sleep With Angels, l’album qu’on définit comme l’hommage à Kurt Cobain. Il est clair que le loner a été profondément touché par le suicide de l’anti-héros du grunge, dont la cervelle explosée avait laissé une dernière note : « It’s better to burn out – than to fade away » (mieux vaut s’enflammer que s’éteindre à petit feu), les lyrics bien connus de My My, Hey Hey (sur Rust Never Sleeps). Cette liaison directe avec Cobain a tendance à nuire à la réputation de l’album dans le cercle des fans du Neil Young crade de Ragged Glory ; pourtant, ce préjugé n’a absolument rien de fondé et dénote un certain désintérêt vis-à-vis de la finesse de SWA.
La totalité de l’album est en effet plongée dans une fausse naïveté, inscrivant la plupart des morceaux dans deux dimensions distinctes ; il est autant possible de chantonner les magnifiques compositions comme Driveby que de noter le côté bancal de leur signification. Le clavier fantomatique de My Heart laisse présager un sentiment de lassitude de Young ; à cette première impression se rajoutent les chansons pièges que sont Prime of Life ou Change Your Mind, car effectivement, chaque titre mis à part peut être considéré comme simplement beau. Dans le contexte de l’album, on comprend en grattant un peu que la flûte sonne presque faux, que les guitares trop saturées retirent la beauté des paroles qui sont finalement perdues et dénuées de sens dans les longs soli de Change Your Mind. Ceux qui en doutent n’ont qu’à écouter Blue Eden, titre clef (qui reprend les paroles de façon cradingue et désenchantée), tout autant que le sont Western Hero et Train of Love, compositions jumelles, pour lesquelles les paroles importeraient peu, finalement…
Restent Safeway Cart, bluesy au possible, le fantastique Trans Am suivi de Piece of Crap, morceau dans lequel le Crazy Horse semble savourer une nostalgie vieille de quinze ans. Le point final de cet album destroy, A Dream That Can Last, est une perle noire.

Lorsque l’écoute se finit, j’ai du mal à comprendre pourquoi cet album s’efface autant que Silver & Gold. Ce que certains considèrent comme un album facile n’est autre que le dernier chef-d’œuvre en date de Neil Young, dont la force ravagée se situe au moins au même niveau qu’un Tonight’s The Night… en moins étouffant. Peut-être mon album préféré, certainement un des plus sombres, malgré son masque étincelant de fausse blancheur innocente.

Eternel.

Note générale : 20/20

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Neil Young & Crazy Horse - Tonight's The Night
Neil Young & Crazy Horse - Zuma
Neil Young & Crazy Horse - Rust Never Sleeps

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16 octobre 2006

Fantômas – Suspended Animation

suspanimReconnaissons que Mike Patton est un type au talent énorme. Avec un premier groupe du niveau de Mr Bungle, après avoir poussé la chansonnette dans Faith No More, le crooner hurleur n’a cessé d’enchaîner les projets : Fantômas, Tomahawk, Naked City, sans compter ses innombrables participations en guest, ainsi que ses nombreuses productions solo, pour finir avec le moyen Peeping Tom, un peu trop condescendant à mon goût (comme la majorité de ses travaux persos). Son activité musicale déborde de dynamisme - jusqu’à créer son label, Ipecac, reprenant la marque de vomisseurs ; mais il faut aussi rendre grâce à un autre aspect de Mike Patton. Il écoute de la musique, de la bonne… et sait la comprendre pour l’utiliser à son avantage, le salaud ! Fantômas ne fait pas exception à la règle : on ressent effectivement bien l’impact de John Zorn sur ce projet extrême. 

A la sortie de Amenaza El Mundo, nul ne peut se douter de ce qui l'attend avec la nouvelle création de l’usine Patton, qui va très vite être globalement considéré comme un petit chef-d'œuvre que certains trouvent novateur. Novateur ? … Sur leur premier album, on sent vraiment que l’idée est de faire du grindcore à la sauce zornienne. Résultat excellent, cependant pas autant que sur Suspended Animation, opus de l’an dernier qui lui, a le mérite de nous offrir quelque chose de vraiment plus personnel et original. C’est bien simple, même les « anti-Patton » s’y retrouvent.

Imaginons maintenant l'amateur basique de métal, cheveux longs, tee-shirt Immortal et tout de noir vêtu, petite barbiche et bracelets pointus, bref le parfait stéréotype ambulant. Ce type, frustré de ne pas trouver la dernière production d’un énième sous-groupe métalcore, achèterait sur le coup de la déception cet album à la pochette rose, placé dans la rubrique métal de la Fnuck. « Qu’est-ce que ça fout là ce truc à la pochette bizarre ? Je vais l’écouter tiens, même si je préfèrerait un bon petit Korn » (le fameux « Melvins dilué à la sauce techno », dixit Buzz Osbourne – NDLR : sacré Buzz ! haha). Eh bien, ce gars-là, imaginons-le rentrer chez lui et écouter la dernière réalisation d'un groupe appelé Fantômas. Séduit par l’artwork de la pochette, il appuie sur play.  Imaginons sa réaction face à cette musique hors normes, ce genre brutal qu’on ne peut pour autant couronner de signes rappelant le sabbat des sorcières : ce que Patton qualifie de « musique impossible ».
Et pourtant, c’est réussi, un vrai tour de force. Patton joue avec sa voix, maîtrise ce jeu exceptionnel. Tantôt grave, tantôt aiguë, tantôt dissonante, tantôt suave, tantôt gluturale, tantôt métallique... Comme un instrument à part entière. Des onomatopées rythmiques qui ponctuent et accompagnent d’autres onomatopées mélodiques, un ensemble hétérogène parcouru de borborygmes. Rajoutons à cela des riffs brutaux engagés par Buzz Osborne, un Dave Lombardo à la batterie (vraiment) plus qu'incisif et un Trevor Dunn impeccable, tous à la précision presque... démente ? Mon tout se divise en 30 morceaux, chacun représentant un jour du mois d’avril : le découpage se retrouve bien en évidence sur le digipack (une version collector existe en livret à spirales) au look manga signé Yoshitomo Nara.
Pendant environ 38 minutes, l'auditeur est scotché par ce mélange de styles, déjanté au possible, mêlant gros sons et sons expérimentaux, plages purement grind et samples cartoonesques parfois empruntés aux jeux vidéo. Pas le temps pour le métalleux de faire son signe adoré en levant la main, le moment n'est pas au headbanging. Parce que ce disque se savoure de bout en bout, avec son bon brin de folie. Certes, il faut aimer la musique déjantée, mais les amateurs de Zorn y trouveront à coup sûr leur compte !
L’album se finit par un riff classieux ; enfin, classe et crade comme seul le leader des Melvins sait les pondre. A ce propos, en voilà une autre qualité du monsieur. Patton sait aussi s’entourer de grands noms… d'où le line up de folie ; alors forcément, l’album ne peut être que d’une qualité supérieure, du bon son nourri aux amphétamines (reptiles ?).

Fantômas séduit, interroge, alerte. Et c'est bien son but. Suspended Animation est une réussite totale ! Derrière cette pochette certes fort sympathique, il faut aussi pouvoir imaginer la performance en live cachée derrière chaque morceau. Tout bonnement impressionnant…
Reste maintenant ce côté opportuniste du plagiat qui me reste coincé entre les dents. J’adore la musique barrée de ce dernier album et ce son qui plaque les fesses au sol, mais ne peux décidément pas m’empêcher de faire le pont avec Zorn. Peut-être est-ce dû au côté arty du concept... ou bien alors parce que Patton solo c’est de la daube qui saoule rapidement.

 

Leur meilleur album après Director’s Cut.

Note générale : 18/20

*** Si vous aimez, essayez... ***

Fantômas - Amenaza El Mundo
Fantômas - The Director's Cut
Naked City - Grand Guignol

Posté par Bonzofever à 00:52 - Chroniques - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 octobre 2006

We Insist! – Crude

WIComme il est de mise pour la plupart des bons groupes français, We Insist! n'est pas assez (re)connu par le plus gros du milieu de la scène alternative. Il en a été de même pour Sloy, et il en est de même aujourd’hui pour Marvin, Zu ou Neptune, et il en sera certainement de même pour la plupart des futurs groupes officieux. Mais passons, puisque l'intérêt ici est de parler d'un groupe que j'ai connu il y a six mois, et dont l'écoute est toujours aussi sympathique, sans être addictive.

Combo formé fin 1995, ces cinq musiciens issus de Paname nous offrent une musique très rock’n roll mâtinée de jazz qui prend toute son étendue sur Crude (2004), second opus, qui ravira plus les grands amateurs de rock purement indépendant que leur Inner Pond de 2002, dont l’ensemble était plus que moyen.
Car nos petits frenchies s'en sortent plutôt bien ! Etonnant, élégant, cet album rassemble en effet beaucoup d'éléments à prendre en compte ; on note d'abord le son de l’album, très travaillé et stylé. Pour un petit groupe, excusez du peu, ça surprend. Et puis la composition inhabituelle, le batteur chanteur et deux saxophonistes.
Cependant, le troisième élément d‘importance, qui à mon goût donne énormément de relief à la musique, voire détermine carrément la facette originale qui donne au groupe son identité, c’est la présence du saxophone, souvent joué comme une guitare rythmique, éclatant parfois en bribes de free jazz. Cette utilisation intelligente est le point essentiel à prendre en compte à l’écoute de Crude. Je ne pense pas avoir entendu jouer du saxophone de façon aussi rythmique : c’est très simple, mais vraiment bien pensé. Le reste n'est pas à expliquer : une musique colorée en niveaux de gris - le résultat se révèle assez âpre.
Le défaut, car il y en a un, c’est cette demi-teinte assez emo qui perturbe mon écoute. A mon sens, le groupe est d’un très bon niveau, mais devrait se libérer un peu plus des attaches de la musique « à la mode ».

Bref, un bon album, sympa. Découvert suite à des échos... tentez l’expérience ! Les satisfaits pourront alors crier que l’underground français n’est pas dépourvu de talent.

Ecoutez-le, j'ai dit. Si si... I insist !


Note générale : 14/20

*** Si vous aimez, essayez... ***

Flying Pooh - Spanking Day

Posté par Bonzofever à 14:56 - Chroniques - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 octobre 2006

NWA – Straight Outta Compton

nwa_1Dans le monde particulier des fins connaisseurs de rock, pays dans lequel se croisent fans de musique indie, détraqués du noise, headbangers du métal et frapadingues du freeform, il est difficile de ne pas tomber dans la vision unique acclamée d’un genre méconnu. Le hip hop souffre là bas d’une discrimination notable, puisqu’on l’interdit de sortir du berceau New-yorkais ; la Big Apple y est vue comme génitrice du bon hip hop, le roots, le crade, l'avant-garde. Le son East Coast, Public Enemy, c’est super, c’est comme Sonic Youth pour le rock les gars. Par contre, la West Coast ça pue, c’est du rap à bitch et on leur chie dessus à ces connards. Des œillères, une sorte de cartilage créé à partir de l’univers enivrant des chroniques branchées sur Internet, qui empêche de chercher plus loin que le bout de son nez, quitte à passer à côté de grands groupes qui avaient déjà à leur époque, et de l’autre côté du pays des KFC, participé à la création d’un style provocateur. 

NWA, composé notamment de Dr Dre, Ice Cube et Eazy-e n'est pas un groupe de hip hop à prendre à la légère. Et Straight Outta Compton n'en est pas un album moins lourd.
Historiquement, nous sommes à la fin des années 80. La musique noire des 70s (funk, soul) n'est pas vraiment ce que la jeunesse afro-américaine recherche musicalement. A l'instar du rock chez les WASP, on cherche un genre nouveau. Et Straight Outta Compton, c'est un peu le point de départ du Gangsta Rap, le déclic de 1988 qui va lancer une formidable machine aux Etats-Unis, qui amorcera des carrières brillantes de MC et de rappeurs, sous des labels comme le mythique et évocateur Death Row. Peut-être plus confidentiel au départ que le rap East Coast, les grands noms de ce groupe vont se faire connaître à partir de leurs flows de génie contenus dans des titres comme notamment Express Yourself. On attribue généralement la primeur du hip hop revendicatif, celui qui n’a pas froid aux yeux, au premier album de Public Enemy. Pourtant, le premier opus de NWA est en avance sur celui-ci, et n’hésite pas à dire FUCK ou BITCH. Voire les deux.
Techniquement, bien sûr c'est vraiment du old school, i.e. des samples de sirène, des accords de synthé qui font hocher de la tête en rythme et un beat tout ce qu’il y a de plus boite à rythmes. Pour ceux qui sont plus habitués à Doggystyle de Snoop ou au Chronic de Dr Dre, le chemin est donc assez ardu pour « régresser » à ce niveau, car le son est crade, manque de moyens oblige. Justement, le voilà le charme. Peu de tables de mixage, mais des morceaux d'anthologie : Straight Outta Compton, F--- Tha Police, Gangsta Gangsta et bien sûr la légendaire reprise de Charles Wright, Express Yourself.  Cet album fait facilement tomber l’auditeur dans un trip halluciné de dealer, un nigger poursuivi par la flicaille de L.A. qui l’a choppé en train de courtiser une bitch. 

 

Yo man... There's a lot of brothers out there flakin' and perpetratin
But scared to kick reality.
Man you've been doing all this dope producing.
You had a chance to show 'em what time it is...
So what you want me to do?
Express Yourself...


Les premières heures du hip hop, même si reniées au final par Dre, restent quelque chose d'absolument indispensable pour tout amateur du genre qui se respecte.
Un must.

Note générale : 19/20

*** Si vous aimez, essayez... ***

Eazy-E - Eazy-Duz-It
Ice Cube - AmeriKKKa's Most Wanted
D.O.C. - No One Can Do It Better

Posté par Bonzofever à 22:38 - Chroniques - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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